Condensat d’air comprimé : production, purge et traitement
Tout réseau d’air comprimé produit du condensat : l’air ambiant que le compresseur aspire contient de la vapeur d’eau, et la compression la concentre jusqu’à la faire condenser. Sur un compresseur lubrifié, ce condensat entraîne aussi de l’huile. Résultat : un effluent eau + huile qu’il faut purger du réseau, séparer pour récupérer l’huile, puis rejeter dans le respect des normes municipales.
En résumé :
- D’où il vient : l’air humide est comprimé puis refroidi ; la vapeur d’eau condense au post-refroidisseur et au sécheur, principalement.
- Combien : cela dépend de l’humidité, de la température d’admission, de la pression et du débit. On l’estime avec le calculateur — Élimination d’eau.
- Pourquoi le traiter : il est huileux ; le rejeter tel quel est interdit (voir les normes de rejet au Québec).
- Comment : 1) purger sans perte d’air (purgeur électronique BEKOMAT) ; 2) séparer l’huile de l’eau (OWAMAT, QWIK-PURE ou BEKOSPLIT selon le condensat) ; 3) rejeter une eau conforme.
Ce guide explique le principe, la quantité à prévoir, et surtout comment dimensionner chaque étage à partir des données réelles des fabricants — du point de vue d’un conseiller indépendant des marques.
D’où vient le condensat
L’air atmosphérique contient toujours de la vapeur d’eau. Quand le compresseur le comprime, il réduit son volume de 7 à 10 fois : la même quantité de vapeur se retrouve « tassée » dans un volume beaucoup plus petit, et l’air devient saturé. Dès qu’on le refroidit — au post-refroidisseur, dans le réservoir, puis dans le sécheur — le surplus d’humidité condense et produit de l’eau liquide.
La température à laquelle cela se produit est le point de rosée sous pression. Plus on l’abaisse, plus on retire d’eau et moins il en reste en aval. Pour bien saisir cette notion, voyez nos fiches Le point de rosée en air comprimé et Eau dans le réseau d’air comprimé.
La plus grande partie du condensat se forme au post-refroidisseur (l’air sort du compresseur très chaud et chargé d’humidité), puis au sécheur. C’est là qu’on installe les purgeurs, complétés par des purgeurs aux points bas du réseau et aux séparateurs.
Combien de condensat faut-il prévoir ?
La quantité n’est pas anecdotique : une usine peut produire de quelques litres à plusieurs centaines de litres d’eau par jour. Elle dépend de quatre facteurs :
- l’humidité relative et la température de l’air aspiré (un été chaud et humide en produit beaucoup plus qu’un hiver sec) ;
- le débit d’air comprimé (plus on produit d’air, plus on condense d’eau) ;
- la pression de service ;
- le point de rosée visé par le sécheur (plus il est bas, plus on extrait d’eau).
Plutôt que de vous proposer une approximation, utilisez le calculateur — Élimination d’eau pour déterminer votre consommation réelle : cet outil évalue la quantité d’eau condensée dans le refroidisseur et le sécheur en fonction de vos paramètres d’entrée et de sortie spécifiques. Cette donnée constitue la base de dimensionnement des purgeurs et, dans le cas des émulsions, du séparateur BEKOSPLIT.
À retenir. On dimensionne les purgeurs et les séparateurs par gravité/adsorption sur le débit d’air (SCFM), mais on dimensionne un séparateur d’émulsions sur le volume de condensat (gal/h). Connaître les deux — votre débit et votre production d’eau — évite les erreurs de sélection.
Pourquoi on ne peut pas le rejeter tel quel
Le condensat d’un compresseur lubrifié contient de l’huile à des concentrations de plusieurs centaines à plusieurs milliers de mg/L. Or les règlements municipaux limitent l’huile rejetée à l’égout : à Québec, 15 mg/L d’hydrocarbures C10-C50 à l’égout domestique et 3,5 mg/L au pluvial (règlement R.A.V.Q. 1124). Un séparateur eau/huile est obligatoire, et l’ajout d’émulsifiants est interdit.
Informatif seulement. Les seuils de rejet sont fixés par règlement municipal (l’exemple ci-dessus vise l’agglomération de Québec, R.A.V.Q. 1124) et peuvent évoluer. Il appartient à chaque exploitant de valider les exigences applicables à son lieu de travail auprès de sa municipalité.
Le détail des seuils, des obligations et des points de rejet est dans notre fiche de référence : Rejet des condensats d’air comprimé : les normes au Québec. Cet article-ci se concentre sur l’équipement : purger, puis séparer.
La chaîne de gestion du condensat
Une installation propre suit trois étapes :
- Purger le condensat hors du réseau, sans gaspiller d’air comprimé → purgeur électronique BEKOMAT.
- Séparer l’huile de l’eau → séparateur OWAMAT (gravité), QWIK-PURE (haute efficacité) ou BEKOSPLIT (émulsions).
- Rejeter une eau conforme à l’égout, et éliminer l’huile récupérée comme résidu.
Étape 1 — Purger sans perte d’air : le BEKOMAT
Le piège le plus courant est le purgeur temporisé (une électrovanne qui s’ouvre à intervalle fixe). À chaque ouverture sans condensat, il laisse fuir de l’air comprimé — de l’argent qui s’échappe en continu. Le purgeur électronique sans perte d’air BEKOMAT, lui, détecte le niveau de condensat par capteur capacitif et n’ouvre que lorsqu’il y a de l’eau à évacuer : sans perte d’air.
Comment dimensionner un BEKOMAT
On choisit le modèle selon le débit d’air comprimé traité (SCFM) au point de purge et la pression d’utilisation, en restant sous la capacité nominale du purgeur. Voici l’échelle de la gamme standard (corps aluminium, jusqu’à 232 psig) :
| Modèle | Capacité (compresseur) | Pression max. |
|---|---|---|
| BEKOMAT 31 | 100 SCFM | 232 psig |
| BEKOMAT 32 | 225 SCFM | 232 psig |
| BEKOMAT 33 | 500 SCFM | 232 psig |
| BEKOMAT 13 | 1 300 SCFM | 232 psig |
| BEKOMAT 14 | 5 400 SCFM | 232 psig |
| BEKOMAT 16 | 50 000 SCFM | 232 psig |
À cela s’ajoutent des versions spécialisées : corps en aluminium revêtu dur (suffixe « CO », pour le condensat huileux/agressif des compresseurs lubrifiés), modèles homologués CRN, haute pression (jusqu’à 912 psig), centrifuge (très hauts débits), inox et antidéflagrant (ATEX).
Méthode : additionnez le débit des compresseurs raccordés à ce point de purge, vérifiez votre pression, puis prenez le modèle dont la capacité couvre ce débit ; choisissez la version « CO » si le condensat est chargé d’huile, et la version CRN si votre installation l’exige. La matrice complète (réfs, prix, versions) est sur la page Purgeurs de condensat.
Étape 2 — Séparer l’huile de l’eau : trois technologies
Une fois purgé, le condensat doit passer dans un séparateur eau/huile avant le rejet. Le bon choix dépend d’une seule question : votre condensat est-il émulsionné ou non ?
Qu’est-ce qu’une émulsion ? Au repos, l’huile et l’eau se séparent normalement : plus légère, l’huile remonte et forme une couche distincte qu’on peut retirer — c’est un condensat non émulsionné. Une émulsion est l’inverse : l’huile est fragmentée en gouttelettes microscopiques dispersées et stabilisées dans l’eau, qui ne remontent plus ; le mélange reste trouble, d’aspect laiteux, parfois indéfiniment. Les huiles de compresseur synthétiques, détergentes ou « émulsifiantes », le brassage mécanique et la chaleur favorisent cette stabilisation. Conséquence pratique : un condensat non émulsionné se traite par gravité ou adsorption (OWAMAT, QWIK-PURE), tandis qu’une émulsion stable doit d’abord être « cassée » — un agent de floculation lie l’huile en flocons que l’on filtre ensuite — ce que fait le BEKOSPLIT.
- Non émulsionné (l’huile et l’eau se séparent d’elles-mêmes au repos — cas des huiles minérales) → OWAMAT (gravité) ou QWIK-PURE (haute efficacité).
- Émulsion stable (l’huile reste dispersée, l’eau prend un aspect laiteux — fréquent avec les huiles synthétiques/émulsifiantes) → BEKOSPLIT (fractionnement).
Test simple. Laissez reposer un échantillon de condensat dans un bocal transparent quelques heures. Si une couche d’huile claire remonte à la surface, le condensat n’est pas émulsionné (gravité/adsorption suffiront). S’il reste trouble et laiteux, c’est une émulsion stable : il faut un BEKOSPLIT.
| Critère | OWAMAT | QWIK-PURE | BEKOSPLIT |
|---|---|---|---|
| Technologie | Gravité + adsorption | Adsorption haute efficacité | Floculation + filtration sur sacs |
| Alimentation | Aucune (sans électricité) | Aucune (sans électricité) | Électrique |
| Type de condensat | Non émulsionné | Non émulsionné | Émulsions stables |
| Dimensionné sur | Capacité de compresseur | Débit d’air (SCFM) | Volume de condensat (gal/h) |
| Indicateur de saturation | — | Oui (série iCS, et CS 400) | — |
| Tous types d’huile | Selon le type d’huile | Oui, tous lubrifiants | Oui (conçu pour les émulsions) |
Les trois rejettent une eau conforme aux normes d’égout et récupèrent l’huile pour élimination. Détails et prix : Traitement de condensat.
Dimensionner un OWAMAT (gravité)
L’OWAMAT sépare l’huile par gravité et adsorption, sans électricité. Particularité importante : sa capacité dépend du type d’huile du compresseur et du climat. Les huiles minérales (turbine, VDL) se séparent facilement ; les huiles plus difficiles (VCL, synthétiques) réduisent la capacité. Le climat froid du Québec joue en notre faveur : la capacité y est la plus élevée (zone climatique « Nord », qui inclut le Canada).
Capacités pour un compresseur à vis, en climat froid (capacité de compresseur installée) :
| Modèle | Huile minérale (turbine / VDL) | Huile synthétique |
|---|---|---|
| OWAMAT 12 | 8,5 m³/min (≈ 300 pcm) | 6,5 m³/min (≈ 230 pcm) |
| OWAMAT 15 | 33,6 m³/min (≈ 1 185 pcm) | 25,9 m³/min (≈ 915 pcm) |
Les compresseurs à pistons donnent des valeurs un peu plus basses, et le fabricant indique une déviation possible de ±20 à 40 % selon l’huile. Onyx M3 tient les OWAMAT 12 et 15 ; les tailles 10, 14 et 16 sont disponibles sur devis pour couvrir les débits intermédiaires et élevés.
Dimensionner un QWIK-PURE (haute efficacité)
Le QWIK-PURE est un séparateur par adsorption haute efficacité, également sans électricité, avec deux atouts par rapport à l’OWAMAT : il fonctionne avec tous les types de lubrifiants (pas de pénalité selon l’huile) et la série iCS intègre un indicateur de saturation de cartouche (la série CS 400 aussi). On le dimensionne directement sur le débit d’air (SCFM) :
| Modèle | Débit | Indicateur de saturation |
|---|---|---|
| QWIK-PURE CS 100 | 100 SCFM | — |
| QWIK-PURE CS 200 | 200 SCFM | — |
| QWIK-PURE CS 400 | 400 SCFM | Oui |
| QWIK-PURE iCS 550 | 550 SCFM | Oui |
| QWIK-PURE iCS 1100 | 1 100 SCFM | Oui |
| QWIK-PURE iCS 2200 | 2 200 SCFM | Oui |
| QWIK-PURE iCS 3300 | 3 300 SCFM | Oui |
La série CS (compacte) couvre 0 à 400 SCFM ; la série iCS (intelligente) va de 550 à 3 300 SCFM. Ces débits valent pour un climat tempéré frais — c’est le cas du Québec, où le facteur de correction est de 1,0. En climat chaud et humide, il faut appliquer un facteur de correction (jusqu’à environ 0,80) : on multiplie le débit nominal par ce facteur avant de le comparer au débit réel de l’installation.
Dimensionner un BEKOSPLIT (émulsions)
Quand le condensat est émulsionné (l’huile ne remonte pas d’elle-même), ni la gravité ni l’adsorption ne suffisent. Le BEKOSPLIT injecte un agent de floculation qui lie l’huile, puis une filtration sur sacs sépare l’eau. C’est une installation électrique, et la plupart des modèles exigent un réservoir de pré-séparation (commandé séparément ; le BEKOSPLIT 11 l’a intégré).
On le dimensionne sur le volume de condensat à traiter (gal/h) — d’où l’importance d’avoir estimé votre production d’eau au préalable :
| Modèle | Capacité de traitement | Alimentation |
|---|---|---|
| BEKOSPLIT 11 | 4 gal/h | 100–230 V (réservoir intégré) |
| BEKOSPLIT 12 | 8 gal/h | 115 V |
| BEKOSPLIT 13 | 16 gal/h | 115 V |
| BEKOSPLIT 14 / 14S | 24 gal/h | 115 V |
| BEKOSPLIT 15 | 32 gal/h | 115 V |
| BEKOSPLIT 16 | 42 gal/h | 115 V |
Démonstrations en vidéo
Démonstrations du fabricant (chaîne CAG / BEKO, en anglais). La vignette ouvre la vidéo sur YouTube — aucun lecteur ne se charge avant le clic.
Purgeur sans perte d'air BEKOMAT
Séparateur huile-eau OWAMAT
Séparateur QWIK-PURE
Séparateur d'émulsions BEKOSPLIT
Lequel choisir ?
La logique de sélection tient en quelques règles :
- Condensat non émulsionné, sans électricité, petit à moyen débit → OWAMAT (le plus simple et le plus économique), en validant le type d’huile.
- Condensat non émulsionné, tous lubrifiants, suivi de saturation souhaité, jusqu’à 3 300 SCFM → QWIK-PURE (CS jusqu’à 400 SCFM, iCS au-delà).
- Émulsion stable (huiles synthétiques/émulsifiantes, condensat laiteux) → BEKOSPLIT, dimensionné sur le volume de condensat.
En cas de doute sur le caractère émulsionné, faites le test du bocal — ou demandez une caractérisation de l’effluent, exigée de toute façon au-delà de 10 000 m³/an de rejet (voir la fiche normes).
Les pièges à éviter
- Garder un purgeur temporisé « parce qu’il fonctionne » : il gaspille de l’air en continu. Le retour sur investissement d’un purgeur sans perte d’air est souvent rapide.
- Ajouter un émulsifiant, un solvant ou de l’eau chaude pour « faire passer » l’huile à l’égout : c’est interdit et cela transforme un condensat séparable en émulsion ingérable.
- Sous-dimensionner le séparateur en oubliant le type d’huile (OWAMAT) ou le climat (QWIK-PURE).
- Choisir un séparateur par gravité pour une émulsion : l’eau rejetée restera non conforme. Faites le test du bocal d’abord.
- Oublier de remplacer les cartouches (OEKOSORB) : un séparateur saturé ne sépare plus rien. La série iCS du QWIK-PURE le signale.
- Rejeter au pluvial sans traitement renforcé : la limite y est bien plus stricte (3,5 mg/L à Québec). Privilégiez l’égout domestique.
Un doute sur votre sélection ? On vous aide, même sans achat
Le bon dimensionnement du condensat dépend de votre débit, de votre type d’huile, de votre production d’eau et de votre point de rejet. Notre rôle, c’est d’abord de vous aider à choisir juste — le bon purgeur et le bon séparateur — que vous achetiez chez nous, chez votre fournisseur habituel ou ailleurs. Nous sommes indépendants des marques.
Réservez une consultation gratuite, estimez votre production d’eau avec le calculateur, ou comparez les gammes : purgeurs de condensat et séparateurs huile-eau.
Références
- BEKO Technologies — brochures et fiches techniques BEKOMAT, ÖWAMAT (tableau de capacité par type d’huile et zone climatique), QWIK-PURE (facteurs de correction climatique) et BEKOSPLIT (capacités en gal/h), distribués par CAG Purification.
- Onyx M3 — fiche Rejet des condensats d’air comprimé : les normes au Québec (règlement R.A.V.Q. 1124 : 15 mg/L à l’égout domestique, 3,5 mg/L au pluvial).
- Onyx M3 — calculateur d’air comprimé (outil « Élimination d’eau »), fiches Le point de rosée et Eau dans le réseau d’air comprimé.
Auteur : Onyx M3 inc., experts en air comprimé, indépendants des marques. Juin 2026.